Archive for the ‘L'avis d'Hervé’ Category

La vie ne m’apprend rien.

Stéphane ne m’a jamais contredit sur ce point. Nous sommes tous les deux intimement persuadés que les sentiments électriques sont chargés positivement. Les ions qui circulent dans les sentiments électriques sont la nature même de ce sentiment. C’est ce flux perpétuel et donc la friction entre les ions qui créent le sentiment électrique. Comment ces ions choisissent-ils leur pôle ?  Ils ne choisissent pas, c’est l’attirance vers le pôle négatif et son refus (par peur sans doute) qui stimulent le flux. Et nous, pauvres humains, sommes manipulés par ces phénomènes.  Au cours d’une discussion conflictuelle entre mon frère et moi, Stéphane m’a traité « d’ion perdu dans ma positivité ». Fin de discussion donc, car je suis resté perplexe face à cette injure. Où voulait-il en venir ? Je n’ai compris que quelques heures après. Le contexte et le contenu du sujet abordé vous aideraient à mieux comprendre. Mais qu’à cela ne tienne, l’injure était belle et bien lancée et il faut y répondre. Je suis allé le rejoindre et me suis posé devant lui, solide et sûr. Stéphane m’a regardé dans les yeux et d’un air suspicieux m’a demandé : Alors, oseras-tu, dans ta négativité refoulée, affronter les frictions de tes flux de contradictions ?   Et dans un aplomb olympien, je lui ai répondu : non. Il éclata de rire dans un premier temps pour ensuite vomir dans un jet superbe tout son apéritif sur ma chemise. « Je n’aime pas le Campari » me rétorque-t-il. C’est dans une violence jamais égalée que Stéphane me sauta à la gorge et, avec sa main gauche (celle du chevalet) et le bout de ses doigts cornés, lacéra mon visage puis me roua de coup.

« je suis un ion perdu ma positivité »

Assez. Ce matin là je me suis réveillé en sueur et en pleurs. Et mon imaginaire, encore, me joue des tours. A ma grande satisfaction, je constatais que cette discussion n’avait jamais existé. Quoi faire encore de cette matière ? une chanson ? « La fuite des pôles » un titre possible ? il faut que j’en parle à Stéphane. J’ai besoin de son avis. Bonne année 2010 oui, je n’y accorde que très peu d’intérêt car je doute du calendrier chrétien. Je doute de bien d’autres choses aussi.           Votre ami Hervé.

black snow

j’en parlais à Stéphane justement,  et nous sommes tombés d’accord. La persistance de certains rêves après le réveil, pendant le petit déjeuner par exemple, reste un mystère abysssal. J’ai encore vu apparaître un personnage très inquiétant dans le reflet de la confiture étalée sur ma tartine. Dans un cri inouï, sans précédant, j’ai dû me séparer  de ma tartine en la jetant contre le mur de ma cuisine et en la piétinant afin d’en finir avec la possibilité d’une porte, d’un passage entre mon inconscient et le réel. Ce personnage inquiétant avait dominé les dernières heures de la nuit qui précédait la fameuse tartine. Je le vois encore s’éloigner en marchant sous une pluie de cendre. C’est Stéphane qui a su porter une analyse pointue sur cet événement : L’homme inquiétant dans le reflet de ma tartine c’était moi.

Nous sommes tous les héros de nos rêves, nous expions nos fautes dans nos rêves, nous n’arrivons pas toujours à obtenir le pardon escompté, et ce matin là, le mauvais traitement infligé à ma tartine est un sentiment d’échec face à une quête nocturne probablement inachevée. Mais l’essentiel n’est pas là. C’est là où le génie musical de Stéphane frappe encore car il considère que ce matin là, je devais absolument achever cette quête interrompue par la vie (le réveil). J’ai donc violenté ma tartine pour produire ce cri inouï et ainsi clôturer ma quête, point d’orgue de mon rêve. J’ai reproduit ce cri face à Stéphane pour lui faire part de mon état ce matin là, il était stupéfait et là il m’a dit : Tu arrives à reproduire ce cri inouï, c’est  de la création pure ! Je suis allé au bout du rêve et j’ai élargi ma tessiture vocale un beau matin d’avril.

Je reproduirai ce cri sur scène, un jour, car il est maintenant mien.

Stéphane avait encore raison, à son avis, Les rêves nous poussent à nous améliorer.

en route pour la joie

j’en parlais à Stéphane justement et, j’ai le sentiment que le processus de création est un état second.

Cette transe est chimique. Le médium est musique. Elle stimule les glandes de nos chaînes immunitaires qui cherchent à

nous protéger d’une attaque de nature inconnue et c’est là qu’une confusion chimique se manifeste quand au informations traitées par le cerveau et les choix qui lui incombent. Cette « endorphine » créatrice serait une erreur de dosage qui impliquerait des crises aigües et un besoin inextricable de produire des interférences sonores afin de soulager un déséquilibre intérieur. J’ai pu remarquer chez Stéphane les symptômes du grattage. Des irritations cutanées, depuis qu’il est tout petit, le rendent victime d’affreuses crises (dont j’ai été souvent le témoin). Le hasard de la vie (le destin peut-être) lui a mis une guitare entre les mains et le génie du déséquilibre chimique a produit des oeuvres que le public a su juger avec sagesse. Mais la question reste entière :

qu’est-ce qui motive (ou provoque) ce déséquilibre chimique ?

J’en parlais justement à Stéphane, j’ai longtemps cru à une somatisation de sa part (pour son cas si exceptionnel)

mais cacherait-il une peur ? A mon avis, c’est une bonne piste mais la peur de quoi ? de qui ?

Au revoir . Votre ami Hervé qui parle de son frère.

Moi, Hervé Mencini, j’ai des états d’âme. J’ai des tas d’états, et une seule âme. J’ai la fâcheuse manie de trop me couvrir quand je sors. Je pense à Hans Laufcan et voici une de ses maximes : « On écrit pas sans fard, mais les yeux dans le noir ».

Je crois que cela traduit ma peur. J’ai des angoisses. La longueur d’onde dépressive qui parcourt le monde comme un frisson d’un pôle à l’autre me rappelle toujours à prudence. Cette fréquence dépressive, telle une radio pirate, émet des programmes mystérieux, subliminaux. Les sociétés postmodernes subissent un seïsme sans précédent. Quelque shoes ne sied  plus à l’homo-sapiens sapiens.Un peu à l’étroit peut-être. Les modes de vie de chacun se sont radicalement bouleversés ; il n’aura fallu qu’une génération. Cette rupture, si bien vécue par certains, me déchire. Je suis déchiré entre :

l’ordinateur ET le stylo

l’envie d’être très médiatisé ET celle d’être anonyme à l’extrême

le besoin irrésistible de nomadisme ET l’envie de la calme petite maison de montagne

l’envie de tout avoir ET le rêve de pauvreté absolue

l’hyper-activité sans aucun répit ET la sous-activité régénérante

la formidable joie énergique des amateurs ET le savoir-faire technique et sans enthousiasme des professionnels

l’envie de faire avec Stéphane des chansons claires et limpides ET celle de faire (toujours avec Stéphane) de l’opaque, de l’incompréhensible et du poétique.

La folie, dans ce siècle imprévu et canaille, la folie, je t’aime. Il est probable que je ne tranche jamais. A mon avis. Hervé.

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